Les vignerons explorateurs

Mis à jour : août 21

Ce sont des viti-viniculteurs pas communs. Descendants d'une famille de paysan ou néoruraux fraîchement sorties de leur ville d'origine, ils cherchent, ils explorent, ils s'aventurent. C'est l'avant garde d'un monde agricole en mutation.


Pris entre la nécessité de repenser le modèle de l'agriculture moderne, face au défi du réchauffement climatique et de la préservation de notre chère mère nature, ces vignerons au caractère bien trempé défrichent la nouvelle voie... avec des méthodes ancestrales !


En effet, fini les poudres "magiques" proposées par l'industrie pétrochimique, les traitements fongicides et autres insecticides qui se retrouvent parfois jusque dans nos verres, sans oublier les dangers encourus par les agriculteurs. Les vignerons explorateurs s'évertuent à utiliser seulement des produits naturels, c'est à dire trouvables tel quel dans l'environnement, peu voir pas transformé du tout.


La philosophie non-interventionniste


Guider le développement de la vigne, la protéger des maladies pour finalement produire des raisins de qualité, voici les objectifs de tout viticulteur.


Sans pesticide, ni intrant, à la vigne comme au chai bien sûr, pour nos vignerons défricheurs. En plus de ce choix, leur relation à la vigne est bien différente. Ils se gardent bien d'intervenir à tout va, mécaniquement.


Comment font-ils alors ?


Ils se tiennent à l'écoute. Ils parcourent leurs parcelles quotidiennement. Pour prévenir plutôt que guérir. Les vignerons au naturel anticipent. Ils observent assidûment leurs terres, leurs environnements, et leurs vignes, pour comprendre leur besoin d'être vivant.


Voilà pourquoi la relation avec le vivant dans ces parcelles est tout autre. Ici, on applique pas de recette de cuisine toute faite. On s'adapte à l'écosystème unique pour ne pas avoir à le manipuler, tout en captant l'essentiel : des raisins natures uniques de par leur terroir.


Pour se prémunir face aux menaces potentielles, les vignerons au naturels ont leur propre arsenal.


L'indispensable dynamiseur

Pourquoi faire ? Pour dynamiser bien sûr...


Cet outil permet de faire les préparations utilisées en biodynamie. Le principe est simple : prenez une faible dose d'une herbe choisie pour ses vertus, de silice issue du quartz ou de la non moins fameuse bouse de corne. Diluez dans un large volume d'eau tiède dans le dynamiseur, dont les bras forme un vortex et permettent la bonne dilution.


Par faible dose, on entend une dose homéopathique. Par exemple : 100g de bouse de corne, (appelée aussi préparation 500) pour minimum 30 à 35 litres d'eau par hectare. La bouse de corne étant obtenue en enfouissant des cornes de vache pleines de bouses durant l'hiver.


L'idée est de fournir de l'information à la vigne ou aux sols.


Ainsi, les composant d'un sol recevant la préparation 500, riche en nutriments, reçoit le message que l'environnement est favorable pour se développer. Il en va de même pour la silice (préparation 501), dispersée de la même manière, pour encourager la photosynthèse.


Le soufre et le cuivre sont encore utilisés pour lutter respectivement contre l'oïdium et le mildiou, maladies contre lesquels on peut difficilement lutter autrement. Ces produits sont utilisés en faible dose, et en cas de nécessité absolue. Là encore, c'est l'observation qui prime. Il ne s'agit pas de traiter aveuglément par "sécurité", alors que ce n'est pas forcément nécessaire.


Bien sûr ces méthodes ne sont pas imparables. Elles ne peuvent protéger en totalité les vignes des agressions. Elles favorisent leur développement et leur résistance. Leur efficacité est bien reconnue scientifiquement, et par ceux qui les mettent en oeuvre.


Michel Guignier comme Isabelle et Bruno Perraud sauront vous en parler. Auparavant en culture conventionnelle, ils ont pu observer la différence depuis leur passage en bio puis en agriculture biodynamique. La vie a repris dans les sols. Les raisins délivrent une tout autre richesse gustative.


Même les plus grands critiques du monde du vin ont pris pour position pour défendre la biodynamie. Robert Parker a longtemps mis en avant les domaines, minoritaires à l'échelle mondial, qui pratique ces méthodes souvent qualifiées d'ésotériques.


Les principes de la Biodynamie


Nos vignerons explorateurs ne sont pas de simple têtes brûlées (quoique...). Ils ont leurs propres repères pour s'orienter dans leur relation avec la nature.


Le calendrier lunaire est probablement le plus emblématique. Maria Thun ( 1922-2012 ) ajoute cette notion aux travaux de Rudolf Steiner, fondateur des principes de la biodynamie en 1924. Cet agenda prend en compte le cycle de la lune et des astres afin de définir les meilleurs moments pour réaliser toutes les tâches agricoles.


Il y a alors des jours feuilles, ou des jours racines, fruit ou fleur, chacun indiquant que le moment est opportun pour semer, diffuser une certaine préparation, vendanger, mettre en bouteille, et même déguster !

Pour cette dernière action très plaisante, il faut théoriquement favoriser les jours 'fruit' du calendrier des semis de Maria Thun.


Si il est difficile de certifier scientifiquement de l'efficacité de ce repère, de nombreuses expériences de nos vignerons explorateurs ont montré l'influence des cycles lunaires et cosmiques.


Depuis que Yann Bertrand observe ce calendrier pour cadrer, dans la mesure du possible, son activité à la vigne et au chai, il a bien remarqué la différence. Ses vins vivants, plus enclins au changement une fois mis en bouteille, sont souvent plus stables et savoureux quand il sont produits en accord avec ces cycles.

Herbes apparues naturellement entre les rangs du domaine de Michel Guignier à Vauxrenard

Michel Guignier, également en biodynamie depuis les années 2000, s'oriente grâce aux astres. Il nuance aussi son utilisation pour la replacer comme un paramètre parmi d'autres pour conduire son travail.


"J'ai déjà goûté des vins délicieux en jour feuille, normalement peu propice à la dégustation, et inversement." Rien d'absolu alors.


Tout comme pour le choix de la date des vendanges, cruciale pour réaliser une bonne vinification par la suite. Si une date est opportune, elle ne doit pas faire oublier que la maturité des raisins reste l'élément essentiel pour décider du coup d'envoi de la cueillette.


Pour vous faire votre propre idée, vous pouvez observer si la date de vos dégustations influence leur qualité grâce à une application comme Lune et Jardin.


Un autre jeune expérimentateur fait son chemin, représentatif de cette nouvelle vague de vignerons curieux qui reprennent les travaux des pionniers en la matière. Louis-Damien Bouchacourt s'est d'abord converti à l'agriculture biologique, sans enchaîner directement avec les pratiques biodynamiques. Si il observe le calendrier lunaire à titre indicatif, il n'a pas voulu prendre tous ces virages en même temps.


Ainsi il se fait sa propre idée des influences de chaque action différente des méthodes conventionnelles.


Il a déjà pu constater une recrudescence de la vie dans ses sols. L'herbe et les insectes ont repeuplé ses parcelles. Il s'apprête à semer du trèfle entre ses rangs, pour les enrichir. Si il n'est pas convaincu que la biodynamie apportera beaucoup plus que son travail actuel des sols n'a déjà fait, il se prêtera volontiers à l'exercice, quand il sera prêt.



Chez Louis-Damien Bouchacourt. Bojalien est un salon qui rassemble chaque année en avril des vignerons au naturel du Beaujolais

Vous l'aurez compris, il n'y pas de recette miracle quand il s'agit de composer avec la nature. Les vignerons au naturel revisitent cette relation agriculteur/culture/nature. Plus proche de leurs vignes, de leurs sols, ils observent pour mieux comprendre et travailler en cohérence avec la nature, plutôt que de lutter pour en exploiter les fruits quoi qu'il en coûte. Ce modèle de pensée essaime petit à petit dans le monde du vin, alors que les vins naturels établissent une renommée qui n'est plus à faire dans ce milieu. Même si encore 95% de la production viti-vinicole mondiale est toujours conduite avec les méthodes conventionnelles...


Ces idées peuvent s'appliquer à tous les domaines de l'agriculture. Ces vignerons sont décidément à l'avant garde d'une nouvelle manière de cultiver nos terres encore aujourd'hui malmenées par des méthodes qui ne sont pas pérenne.


Ils nous invitent aussi à revoir nos mode de consommation.


Certaines années sont meilleures que d'autres. Le cycle des saisons est immuable et nous ne pouvons pas le négliger sans porter préjudice à notre environnement. Autant de notions et bien d'autres sont oubliées, alors qu'elles constituent les bases d'une relation équilibrée avec notre environnement.


Et le vin dans tout ça ?


Les expérimentations ont également cours dans le chai. De l'assemblage original de cépages, au choix de méthodes de vinification peu utilisées dans certaines région, les vignerons au naturel s'aventurent au delà des conventions.


Mélanger des cépages rouges et blancs déstabilisera même les dégustateurs les plus avertis. Tout comme cultiver des cépages qui ne sont pas traditionnellement utilisés dans la région. C'est ainsi qu'Isabelle et Bruno Perraud ont introduit le Sauvignon blanc dans leur domaine de Vauxrenard dans le Beaujolais. D'ordinaire c'est le Chardonnay qui permet de produire les vins de la région. Peu importe pour ces défricheurs qui ont voulu s'essayer à cette variété de raisin plus commune à la Vallée de la Loire qu'aux abords de la vallée du Rhône.


Le résultat est sans appel. Une acidité remarquable qui offre une buvabilité à faire rougir les Gamay du Beaujolais.


Ce n'est qu'un exemple parmi les nombreuses introductions "hors-pistes" opérées par les vignerons au naturel.


Le choix du contenant qui accueille les étapes de la vinification a aussi son importance. La forme et la matière utilisée sont les deux caractéristiques qui vont influencer cet étape qui fera la patte du vigneron.


Pour la forme, on peut parler du choix de Romain Zordan d'une cuve sphérique en inox.

La forme particulière de ce contenant va permettre la circulation des moûts sans interventions du vigneron. Ainsi il n'est pas nécessaire d'ouvrir la cuve et d'intervenir dans le processus de fermentation. C'est ainsi que Romain produit sa cuvée Spatiale, en référence l'apparence de la cuve utilisée qui rappelle le scaphandre d'un astronaute.

On retrouve ce même phénomène avec les cuves bétons en oeuf ou encore les amphores en terre cuite.


A propos des amphores, contenants originaux des tout premiers vins produits par l'homme, elles sont remarquablement utilisées par Antoine Arreau, qui produit depuis maintenant 5 ans des cuvées au naturel au Château Lafitte, dans le Jurançonnais (Sud-ouest).

La terre cuite permet une micro-oxygénation propice à la fermentation, sans laisser échapper les arômes, ni donner de goût comme pourrait le faire les barriques de bois jeunes. Les cuvées de petit manseng (cépage typique du Jurançonnais), sont d'une incroyable fraîcheur, d'une acidité maîtrisée tout en finesse.


Fine comme les bouteille spécialement conçues, en céramique pour continuer un cheminement toujours dans la terre, des sols de la vigne au contenant final.


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Valentin Mery

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