A la découverte de la Loire

Mis à jour : janv. 24

On dit souvent que l'important dans le voyage, ce n'est pas la destination, mais le voyage en lui même. Je ne peux pas mieux ressentir ce précepte galvaudé à l'issue de ces nouvelles rencontres, que je vais vous raconter.


Les vignobles de la Loire s'étendent communément du Pays Nantais au centre, jusqu'à Sancerre, en passant par l'Anjou, le Saumurois, et la Touraine. A l'est de Tours s'étend la Touraine, surplombé de l'appellation Cheverny située tout de suite au sud de Blois.

Sur les 72 000 hectares plantés dans toute la vallée de la Loire, ces deux appellations représentent 5300 ha plantés en Touraine, et environ 700 pour Cheverny. Cela vous donne une idée de l'étendu de ces terroirs

Trois vignerons m'ont ouvert les portes de leur chai pour goûter à leur vin, me parler de leur travail et de leur philosophie.

Je vais vous parler de ce que chacun m'a appris. Mais d'abord, voici ce que j'ai trouvé de commun chez eux.


Des vignerons qui expriment leur terroir


C'est le type de viti-viniculteur que j'ai eu le plaisir de rencontrer. Si le vin représente l'histoire d'une année, de son terroirs, de son climat, le vigneron raconte cette histoire. On parle alors de vin vrai, quand il est fidèle à sa nature, quand il est bien en place. Authentique.

Philippe Tessier, Michele Quenioux et Olivier Bellanger ont en commun cette volonté de représenter leur terroir à sa juste valeur. Cela veut aussi dire s'adapter, au climat, qui change avec les années, ainsi qu'aux sols divers de la région. Tout cela sans intervention excessive.


Ils ont aussi en commun de proposer d'excellents vins.


Philippe Tessier : Cour-Cheverny et Cheverny


Philippe n'utilise ni intrant, ni pesticide et une dose minimale de souffre, pour proposer des vins vivants, propre de tout artifice. Ses vins expriment fièrement la subtilité de son terroir qu'il entretien avec passion.


Il cultive 24 hectares pour donner une moyenne de 30 000 bouteilles chaque année. C'est un rendement au moins 20% inférieur à ce qui serait possible en agriculture conventionnel. Ce choix oriente la production vers un souci de qualité plutôt que de quantité.

Dans le chai de Philippe Tessier

Les cépages de la région sont le Romorantin, le Sauvignon Blanc principalement, ainsi que le Chardonnay, pour les blancs. Le Pinot Noir et le Gamay sont les principaux cépage rouge complété par le Cot (Malbec), le Pineau d'Aunis et le Cabernet-Francs.


Le Romorantin est un cépage local, cultivé seulement sur une soixantaine d'hectares ! Une rareté typique de la région, que l'on ne trouvera nul par ailleurs.

Ces raisins donne un vin vif, joliment acide et droit. C'est pour ses caractéristiques que l'on peut l'associer à d'autres cépages plus aromatique ou corpulent, et ainsi chercher un certain équilibre.


Seul, il est parfaitement adapté à son terroir d'origine : des sols majoritairement composés d'argile, de silice et de calcaire. Ces terres évacuent l'eau pour en retenir l'essentiel, sans en garder à l'excès.


Il faudrait plus d'un article pour parler de toute la diversité des sols de cette seule appellation. Retenez que chaque sol donne aux raisins, et donc au vin, des caractéristiques biens spécifiques. Rien n'est absolu non plus. Chaque cépage évoluera aussi différemment en fonction du sol.


Autre spécificité plus exotique de ce domaine, la cuvée en amphore. C'est tout une histoire qui entoure cette méthode de vinification ancestrale. Les premiers vins ont été fait grâce à ces grands contenant en terre cuite, en Géorgie, il y a 8000 ans. C'est de sa terre d'origine, la Géorgie, d'où proviennent les deux amphores de Philippe, enterrées par souci pratique (de par la forme arrondie de leur base).


Ces contenant originels ont été confectionnée à la main par Zaliko Bojadze, un des derniers fabriquant de qvevri, le nom de ce type d'amphores. C'est Thierry Puzelat, vigneron de la région, qui a amené l'idée, après avoir rencontré les vignerons géorgiens du domaine Pheasant's Tears. L'histoire est particulièrement bien racontée dans le livre Skin Contact, d'Alice Feiring.

Ouverture d'une amphore en terre cuite enterrée

Le Romorantin a été choisi pour ces cuvées spéciales. Un même cépage dans 2 amphores différentes, et au goût, la différence se ressent. Son origine ? Le temps nous le dira au grès des nouvelles expérimentations. Ce savoir-faire ancestrale reste à explorer pour les vignerons français peu familiarisés avec cette méthode, pour l'instant. Je peux déjà vous assurer que le résultat est prometteur.


Michel Quenioux : Cheverny


Le domaine de Veilloux offre une autre diversité de cépages. Ici l'Orbois (ou Menu Pineau) est à l'honneur pour les blancs. Les mêmes cépages sont de mise pour les rouges (Pinot Noir, Gamay, Cot).


Ce domaine a été fondé en 1789. Ces 24 hectares sont donc témoins de plusieurs siècles de travail de la vigne.


Les vins de Michel parlent le mieux de ce domaine.


La cuvée Argilo a été un véritable coup de cœur : 80% de Sauvignon, 15% d'Orbois et 5% de Cot (Malbec). Son nom indique la prédominance de terre très argileuses pour ses vignes. Cette caractéristique donne une minéralité exceptionnelle très agréable. A noter aussi que les vignes d'Orbois de cette cuvée sont des vieilles vignes, les plus profondément ancrées dans leur terroir.


Une autre cuvée qui en dit long, avec 40% Orbois, et 60% de Sauvignon. Une majorité de Sauvignon pour avoir le droit à l'appellation Cheverny, mais le seul Orbois en complémentaire pour lui laisser prendre le pas. Là aussi, une jolie minéralité, tempérée par la souplesse et la fraîcheur apportée par l'Orbois.

Tout est vinifié en barrique pendant un an environ. Contrairement à Philippe Tessier, Michel Quenioux ne s'est pas laissé tenté par les amphores en terre cuite. A ce sujet, il se dit curieux mais pas convaincu. Nous avons alors parlé du livre de son frère, Bruno Quenioux, La vie mystérieuse du vin, dans lequel il explique l'importance des proportions d'un fut de chêne. La contenance standard de 228 litres serait liée au nombre d'or, sans être un hasard ou un aspect purement pratique.


Pour ce qui est de la culture des sols, il est intéressant de mentionner qu'il fut longtemps certifié en biodynamie, avant d'en revenir pour plusieurs raisons. Une raison économique d'abord, le seul droit pour apposer la certification étant un coût non-négligeable.


C'est aussi un choix réfléchis du point de vue de la culture des sols. Les multiples passages nécessaires à la certification imposent une utilisation excessive du tracteur. Ces multiples passages génèrent de la pollution bien sûr, et tassent les sols, réduisant la vie indispensable au bon développement de la vigne. C'est en particulier pour ne pas avoir à se plier à un dogme que Michel a décidé de ne plus chercher la certification. La taille de son domaine contraignant à optimiser au maximum ses actions, même si il n'est pas seul.

Il se fit d'avantage à ses observations et son bon sens acquis grâce à l'expérience de son terroir. Grâce à son attention, il sait limiter au maximum son intervention. Son travail est certifié par Ecocert comme agriculture biologique.

Tout est une question de cohérence entre son milieu et son travail. On comprend aussi l'importance cruciale de la rentabilité économique qui impose certains choix, parfois en faveur de l'environnement. Le recours au produits de synthèse engage le vigneron dans un engrenage centré sur le rendement, et moins la qualité.

Le travail attentionné passé à cette échelle sur le domaine du Veilloux permet de garantir la qualité en respectant les sols au maximum. C'est ce qui permet une production originale et qualitative malgré des rendements bien moindre.


Olivier Bellanger : Touraine


Le domaine de la Piffaudière se trouve à une demi-heure au sud de Blois et autant à l'est d'Amboise. Nous sommes dans une autre appellation, aux cépages dominants différents.


Ici c'est le sauvignon qui règne sans partage sur les blancs. Les rouges sont issues de Gamay, Cot (Malbec) et Pineau d'Aunis. En 2010, Olivier commence à vinifier ses raisins qu'il vendait auparavant à la coopérative en totalité.


Depuis 2017, toute sa récolte est utilisé pour faire 30 000 bouteilles, en moyenne suivant les années. Les années 2018 et 2019 ont été plus fructueuses que les années précédentes, ayant occasionnés beaucoup de perte. C'est l'occasion de faire des essaies intéressants, varier les assemblages et les élevages...


Les cuvées cépages représentent l'identité de chacun d'entre eux selon Olivier. Gamay, Cot et Sauvignon s'exprime merveilleusement bien de par son travail.

Les cuvées d'Olivier Bellanger, domaine de la Piffaudière

Au détour de la dégustation de ses vins encore en élevage, Olivier m'explique avec passion la diversité des barriques qu'il possède. Elles proviennent de tonnelier différents, avec des chauffes et des bois différents. Il me fait goûter un même jus, qui a été séparé dans deux barriques distinctes. J'ai pu sentir une différence marquée sur la finale, légèrement plus aromatique, avec un effet presque plus sucré en final, malgré l'absence de sucre résiduel. La trame est aussi légèrement différente, plus tendue sur l'acidité sur l'un.


C'était la premier fois que l'on me parlait avec tant de passion de la confection des barriques en chêne. Olivier expérimente quotidiennement l'influence des bois, de la chauffe (qui consiste à brûler l'intérieure de la barrique, ce qui donne des arômes différent, de la vanille à la torréfaction plus prononcée par exemple...).

Le domaine de la Piffaudière tend à se faire connaître pas à pas, simplement parce que son travail est de plus en plus reconnu dans toute la France.

Si ce récit vous a plu n'hésitez pas à le partager à de potentiels intéressés ! Je proposerai ces vins à la dégustation sur Paris très prochainement.


Valentin

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Valentin MERY